• peinture / sculpture

La Modernité en Espagne

En Espagne, la période qui se situe entre 1880 et 1936 est qualifiée par certains historiens d’Âge d’argent, car elle présente une unité culturelle en termes de renouveau littéraire et artistique. Elle est une réponse à la profonde crise morale que traverse l’Espagne en plein déclin tout au long du XIXe s. (perte de la majeure partie de ses colonies américaines et instabilité politique nationale permanente). Cela n’entrave pas pour autant l’essor industriel de la Catalogne et du Pays Basque qui deviennent de grands centres artistiques ouverts à la modernité grâce une bourgeoisie de plus en plus puissante.
A partir de 1880, toute une génération d’artistes née autour de 1860 : Hermen Anglada-Camarasa, Santiago Rusiñol y Prats, Joaquín Sorolla y Bastida, Pablo Uranga y Diaz de Arcaya, Ignacio Zuloaga et Aureliano de Beruete y Moret né en 1845 mais qui commence à peindre en 1873 - privilégient de nouveaux modèles inspirés de ceux de Paris, centre artistique en pleine effervescence. Ces artistes ouvrent la voie à ce renouveau artistique qui va marquer profondément les générations suivantes. Deux grands mouvements culturels et artistiques traversent cet Âge d’argent, il s’agit du Modernisme et de la Génération 98.

Le Modernisme catalan
On a coutume de situer l’émergence du Modernisme catalan (Modernismo) en 1888, date de l’exposition universelle à Barcelone qui permet à la Catalogne d’afficher son dynamisme économique, son cosmopolitisme et sa modernité. Le Modernisme est un mouvement artistique et littéraire qui se développe dans toute l’Europe avec des spécificités nationales : l’Art nouveau en France et en Belgique, Modern style en Angleterre, Sécession en Autriche.
En Catalogne, c’est l’architecte Antoni Gaudí qui est la figure de proue du Modernisme. En peinture, Santiago Rusiñol est, avec Ramón Casas, le promoteur de la modernité. Il introduit également en Catalogne le « symbolisme » qui plaide pour une approche poétique de l’art, notamment à travers ses jardins, comme celui de la collection du Musée Goya (La Cour des orangers). Il est aussi l’animateur du très célèbre café Els Quatre Gats, lieu emblématique de la diffusion artistique et culturelle du moment – l’équivalent du Chat Noir à Montmartre. Pablo Picasso, représenté au musée Goya par une œuvre tardive, se trouve à Barcelone entre 1895 et 1904 et il fréquente Els Quatre Gats. C’est une étape décisive dans la carrière de Picasso, c’est au sein de ce creuset moderniste barcelonais qu’il va se défaire de sa formation académique et adopter les préoccupations plastiques des modernistes. Le jeune Picasso admire alors Anglada, (Noces à Valence, musée Goya) dont le style est marqué par une touche libre, des couleurs exubérantes marqué d’une certaine influence orientale au service de l’évocation de sujets populaires. José María Sert, artiste muraliste qui évolue au sein du Cercle Artístic de Sant Lluc, autre lieu emblématique du Modernisme, aspire à intégrer tous les arts sous la domination de l’architecture, c’est pourquoi il s’exprime dans de grands projets décoratifs et architecturaux.
Joan Miró qui naît en 1893 à Barcelone, va étudier le dessin dans ce même Cercle Sant Lluc, il évolue et se forme lui aussi dans cette ville ouverte à toutes les innovations et où sont déjà édifiés les plus grands ouvrages de l’architecte Gaudí. A la fin de sa vie, Miró rend hommage à l’architecte de génie qui l’a inspiré dans une série gravée de 21 planches (dont 19 ont été achetées par le musée Goya depuis l’année 2003).

Génération 1898
1898 est une date « électrochoc » pour les espagnols : l’Espagne vaincue par les Etats-Unis perd ses derniers territoires coloniaux Cuba, Porto Rico et les Philippines après une guerre humiliante. L’effondrement de l’Empire espagnol, qui avait dominé une grande partie de l’Amérique pendant plus de trois cents ans, va ébranler profondément la conscience nationale. De ce « Désastre », terme retenu par les historiens, va émerger un mouvement intellectuel, littéraire et artistique, appelé Génération 98, à sa tête le philosophe Miguel de Unamuno (Le sentiment tragique de la vie). Ce mouvement va se traduire par une volonté de reconstruction d’une conscience nationale qui exalte les valeurs ancestrales de l’Espagne. Des artistes emblématiques de la Génération 98 sont représentés au Musée Goya : Beruete, Sorolla, Uranga et Zuloaga. Ils participent à la mythification de l’Espagne, notamment de la Castille tout en assumant les apports stylistiques de l’impressionnisme, du postimpressionnisme ou encore de l’expressionnisme, car ce sont des artistes cosmopolites, de renommée internationale, voyageant et exposant partout en Europe et en Amérique.
Beruete, paysagiste impressionniste, est le premier à définir une nouvelle façon de traiter le paysage et impose le paysage de Castille comme thème iconographique traduisant ainsi une image idéale de l’Espagne. Le dur paysage castillan devient emblématique de l’Espagne. Son goût pour la couleur et la lumière influence le peintre valencien Joaquín Sorolla. Celui-ci a une approche picturale fondée essentiellement sur les qualités plastiques dérivées des valeurs les plus lumineuses de l’impressionnisme, doublée d’un intérêt pour les coutumes traditionnelles. Sorolla est le fer de lance de l’école régionale de Valence, l’une des plus productives d’Espagne.
Quant à l’artiste basque Ignacio Zuloaga inspiré par El Greco, Velázquez, Goya et Courbet, il se spécialise dans le portrait et développe un style expressionniste très personnel : Zuloaga force les traits du visage et du contour du corps d'un dessin ferme et appuyé, qui accentue l'intensité de l'expression de son modèle. A travers ses figures, il donne une image sévère et dramatique de l’Espagne. Zuloaga comme son ami Uranga interprètent la Castille de façon à sublimer une Espagne tragique.

La guerre civile de 1936
Les espagnols qui, depuis 1880, avaient essayé de créer une Espagne nouvelle et démocratique, vont vivre en 1936 la tragédie de la guerre civile. Le Combattant espagnol –mort sur le Front de Madrid de Xavier Bueno exprime à lui seul la fin des illusions, la fin d’une Espagne ouverte sur le monde. Il faudra attendre le retour de la démocratie de la fin des années 70 pour que s’impose sur la scène internationale, avec le mouvement de La Movida, une nouvelle génération d’artistes espagnols.

E. Hamon,
2007

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bouton (voir le diaporama de la fiche) La Cour des orangers - Santiago Rusiñol y Prats Noce à Valence - Hermen Anglada-Camarasa Le Combattant espagnol - Xavier Bueno Les Cigarrales - Aureliano de Beruete y  Moret Portrait d’Ignacio Zuloaga - Pablo Uranga y Diaz de Arcaya Portrait de Jacques Seligmann - Joaquin Sorolla y Bastida

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