Tarn-et-Garonne (82)

Musée Calbet [Grisolles, 82]

Collection : Les balais de Grisolles

Parmi les nombreuses collections historiques et ethnographiques du musée Théodore-Calbet à Grisolles (82), il en est une qui se singularise par sa spécificité et son originalité : celle qui rend hommage à l’ancienne industrie du balai en paille de sorgho.

L’histoire locale retient Pascal-Jacques Peyrebrune (1818-1864) comme l’initiateur de la production grisollaise. Régisseur du relais de poste, Peyrebrune voit ses activités contrariées – et ses revenus mis en péril – par l’arrivée du chemin de fer en 1856. Avec l’aide financière de son oncle Pech, banquier à Montauban, Peyrebrune ouvre cette même année la première fabrique de balais du village. Il se fait aider dans sa tâche par la famille Raymond, originaire de Couthures-sur-Garonne (47), rencontrée lors de ses tournées en diligence, et qui produit déjà de manière artisanale un balai de belle facture.

On attribue souvent à Peyrebrune le soin nouveau apporté à la fabrication de l’objet dans les firmes grisollaises. L’aspect extérieur du balai est ici nettement privilégié. L’utilisation de pailles fines pour l’habillage, d’un cordonnage multiple et coloré en remplacement des habituels osiers tressés, le polissage des manches, la fixation des pailles par un fil de fer résistant, forgent la réputation d’un balai élégant, léger, solide et efficace dans sa destination ménagère.

Ce sont les Raymond qui formeront les Grisollais aux techniques de fabrication. Les familles Granet et Massot sont parmi les premières à ouvrir une fabrique. Rapidement, d’autres suivent. Entre 1875-1880 et 1918, le village compte 20 ateliers fournissant du travail à 400 ouvriers, soit a un quart de sa population. Au plus fort de l’activité, 6 000 balais quittent le village chaque jour : ils arrosent, grâce à un réseau de distribution efficace, une bonne partie de l’hexagone et, à partir de 1908, sont exportés massivement jusqu’en Angleterre. Trace de cette activité commerciale, le catalogue coloré des ateliers Massot & Boutines propose à sa clientèle une gamme variée de balais qui va du traditionnel « Toulousain » à « l’Américain », nom donné à un balai plat dont les 3 ou 4 rangées de cordonnage offrent une réputation de solidité et de parfait nettoyage.

Le sorgho, plante céréalière appelée encore « grand mil » ou « grand millet », provient des vallées de la Garonne et du Tarn ; il est complété en nombre par des pailles étrangères (Europe de l’Est, Afrique du Nord, Inde et Amérique du Sud). Les pailles, égrainées après la récolte, sont traitées au soufre pour éviter les moisissures et leur donner cette belle couleur jaune qui fait recette auprès du public. Une baguette étalon permet le triage rapide des longueurs.

Sa fabrication

La fabrication du balai nécessite quant à elle l’usage de plusieurs machines. Le tour à balai sert à fixer les culots (tiges rigides de sorgho) et les pailles fines sur le manche, qui est le plus souvent en pin des Landes et tourné : grâce à un système à poulie et à pédale actionné manuellement, il permet d’enrouler un fil de fer et d’enserrer les pailles autour du manche, un clou venant consolider l’ensemble. Reste ensuite à réaliser le travail de couture. Trois types de machines peuvent être utilisés : la banquette ou banc d’écrasement qui permet, après avoir aplati les pailles, la couture à la main ; elle a parfois été remplacée par un étau tournant. Toutefois, le grand progrès a consisté à coudre avec une cordonneuse mécanique, la Crapuchet de Casseneuil (Lot-et-Garonne), la Costan d’Orange et, surtout, la Mortimer de Baltimore aux USA, électrique et hydropneumatique. Une fois le balai solidement cousu, la rogneuse est utilisée pour égaliser les pailles. Une collerette de vernis embellit enfin le manche à sa base.

Chaque fabricant se signale par la pose d’une étiquette à son enseigne. On trouve ainsi, accrochées au manche,
marques et publicités, d’abord en métal puis, par souci d’économie et pour en faciliter le montage, imprimées surdu papier. Le "Sans-Pareil" des Frères Mespoulet arbore sur fond rouge une poule et ses petits (un jeu de mot entre Mespoulet et mes poulets ?)quand le "Fer-à-Cheval" des ateliers Granet se vante d’être « le porte-bonheur du foyer »…

La place prise par cette production au sein du village est si importante qu’elle y génère ses propres « rites ».Comme cette habitude de créer pour de grandes occasions des balais et des cannes « d’honneur » aux manches richement décorés de pailles tressées et de clous, recouverts de velours pourpre ou marron du meilleur effet.

De cette industrie, il ne reste aujourd’hui qu’un seul artisan et un atelier, minutieusement recomposé dans une alcôve du musée.

pour en savoir plus : dernier artisan en balai de Grisolles : Jean-Marc Coulom (visite de son atelier sur rdv) : https://balaispaillecoulom.com

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