Tarn-et-Garonne (82)

Musée Calbet [Grisolles, 82]

Exposition : Les Jardins de Philippe Hortala (archive)

du 8 octobre au 5 décembre 2010

Vernissage : vendredi 8 octobre, 19h

Edition :
PHILIPPE HORTALA
1987-1992
Loïc Bodin, Benoît Decron, Marc Desgrandchamps, Bernard Dufour et Valérie Mazouin
Editions Liénart

Dans une petite rue retranchée de Toulouse, on me conduit jusqu'à l’atelier. La visite prend vite les allures d’une cérémonie, une descente troublante dans les tréfonds du mausolée. Une vaste porte de garage, une Diane couleur crème. On gravit quelques marches. L’atelier est là, au-dessus. Je baisse un peu la tête pour passer. Je jette un oeil. J’aperçois au fond sur de vastes étagères des toiles entreposées sur la tranche.
Au mur face à nous, un poulpe envahissant nous accueille. Les choses sont restées là, à peine déplacées. On m’a passé commande. Il me faut faire la biographie de Philippe Hortala, jeune peintre météorite des cieux toulousains.

Je résume :
Philippe Hortala (du latin “hortus” le jardin)
Naît le 21 juillet 1960 à Toulouse. Le jour de ses 9 ans, le premier homme marche sur la Lune.
1978 / Il s’inscrit à l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse.
1983 / Il obtient le Diplôme national Supérieur d’Expression Plastique avec mention pour la qualité plastique. “Les Fauves” envahissent ses peintures.
1984 / Il s'installe à Barcelone où il poursuit son travail. Il consacre une série de peintures au “Port de Barcelone”. Il s’inscrit à l’Academia San Luc où il se concentre sur des petits nus au pastel, travail qu’il poursuivra jusque dans les années 90. Il retrouve Toulouse et entreprend la série des “Intérieurs”. Après un bref voyage à Belgrade, des scènes de guerres civiles deviennent le sujet de sa peinture. Il continue de travailler en Espagne, à Madrid, Grenade, Séville.
1986-1988 / Il travaille à Paris à la Cité Internationale des Arts et inaugure la série des “Pâtisseries”.
1987 / Boursier de la Hohenberg Fondation, il séjourne à New York.
1989 / Il effectue ses premiers séjours à Naples où il se rendra fréquemment jusqu'en 1992. Inauguration d’une série de "Faunes marines” et de son fameux “Combat d’un poulpe et d’une langouste“. Ses voyages successifs en Italie sont la source de nouvelles investigations plastiques : collages sur papier représentant le golfe de Naples ainsi que des assemblages d’outils qu’il détourne en matériaux pour réaliser des sculptures.
1993 / Il réalise une nouvelle série de peintures représentant des gros plans de “ Fraisiers”.
1995 / Il prépare de nouvelles toiles d’inspiration potagère et poursuit son travail d’assemblage à partir d’ustensiles de cuisine.
1998 / Il meurt accidentellement le 2 octobre dans son atelier.

Artiste figuratif, Hortala participe au grand mouvement de retour à la peinture opéré à la fin des années 70. Le personnage aura laissé sur sa ville natale une empreinte palpable, faite d’admiration pour ses facilités picturales et d’agacement amusée pour ses frasques multiples. Peut-être trop doué et trop bruyant pour la ville de Toulouse. Pas assez sage en tout cas pour les honneurs officiels de la ville. En 1978, Philippe Hortala entre à l’Ecole des Beaux de Toulouse. En 1983, dans un numéro du “ Bulletin de la différence ” de Ben, Hortala écrit : “ Les beaux-arts de Toulouse sont une association d’anciens combattants. Il y a les profs de la guerre de 40, les profs de la guerre de 68, ce qui donne des classes sans profs et c’est bien ainsi… ”.

Hortala a du talent, c’est manifeste. Très vite il laisse voir des aptitudes techniques surprenantes. Il a une intelligence du regard et de la main qui force le respect. Et puis, quitte à forcer le trait, il s’est construit cette allure de Gene Vincent à la bouille bien faite, dans son cuir peinturluré, Rangers aux pieds, les cheveux en bataille, la tête au vent sur sa grosse cylindrée. Hortala transporte son aura de braillard punk de coins en coin de la ville. Rock’n’roll attitude, toujours…

A son nom, les anecdotes fusent…. J’en oublierai beaucoup. Pas celle-là : “ Un jour, il planque dans les banquettes trouées du bistrot, du poisson cru, qu’il laisse là, sans rien dire. Les clients se plaignent de l’odeur infecte qui envahit l’établissement. Le patron s’inquiète. Mais d’où peut bien venir l’odeur. Dans son cuir et sa petite vingtaine, tout ça le fait bien marrer… ” Ben est vite séduit par le personnage qu’il rencontre à l’occasion d’une exposition à la Galerie Axe Actuel. En 1988, dans une sorte de dictionnaire drolatique intitulé “La Vérité de A à Z”, Ben écrit, entre les mots Horizon et Humour : “Hortala, petit King Kong de Toulouse”. Lui Hortala, s’invente, grand prince, le terme de “Pintador”, mélange de peintre et de toréador. Hortala est dans l’arène des fauves. Il se bat avec violence avec la peinture. Il y laissera des plumes, c’est sûr.

Son art est celui d’une époque donc, qui n’a que faire des chapelles et des approches conceptuelles. On l’associe bien vite (trop vite ?) –l’accent peut être– à la Figuration libre, aux Combas, Di Rosa, Boisrond et consort, qu’on sort bien vite du chapeau pour promouvoir la vitalité du moment et qu’on oublie un peu, quand les jours ne sont plus à la fête. Libre, Hortala l’est, trop individuel pour rentrer dans un mouvement. Hortala est peintre, manifestement peintre. Il pioche à tout va dans les formes qui le séduisent, il réinvente les anciens et déjoue les modernes, les malaxe entre eux, pour créer un bouillon vivifiant où grondent les avions et rugissent les tigres. Des parentés, il faudra davantage les trouver du côté de la botte italienne, de la trans-avant-garde de Bonito Oliva, avec son cortège d’élégants cultivés, ses Sandro Chia, Francesco Clémente, Enzo Cucchi, Minno Paladino...

Fougueux, Hortala conçoit ses tableaux comme des arènes où se confondent sur des sujets faussement banals, l’ordre et le chaos, le squelette géométrique des choses et l‘énergie païenne qui les animent. « A l'instar de quelques artificiers cherchant à faire sauter quelques bombes, je m'essaye plutôt à faire exploser l'artifice au milieu d'une nature dénaturée, entre lesquels je me trouve être pris en sandwich. Il y a loin d'une quête d'authenticité, plutôt une certaine puanteur devant ces 'tableaux' que je m'efforce de faire klaxonner - un raffinement de la bâtardise extrême menant à un “lamentabilisme” certain. » (Philippe Hortala. No fun for no futur, Axe actuel, 1984).
Du raffinement et de la bâtardise… Hortala le peintre horticole en étalera plein sa peinture, jusqu'à son décès accidentel, queue de la comète, un soir d’octobre 98, laissant une oeuvre ample et dynamique, vive et lettrée, rigoureusement personnelle, une oeuvre d’époque qu’il nous faut encore largement réévaluer pour ce qu’elle est : l’expression minutieuse d’un caractère hors norme…

YP

+ Imprimer

design : neo05