Hautes-Pyrénées (65)

Musée des Beaux-Arts Salies [Bagnères-de-Bigorre, 65]

Exposition : Hommage au 60 ans de la mort de Blanche Odin

du 17 mai au 29 octobre 2017

Une collection privée de lettres et l’achat de deux lots de correspondances par la ville de Bagnères ont permis de mieux comprendre le parcours des débuts méconnus de Blanche Odin datés de 1882 à 1944.
Nous apprenons qu’en 1876 Blanche s’installe à Maubourguet avec sa mère et son père, petit rentier, et dès 1877, elle va régulièrement en cure à Bagnères-de-Bigorre.
Blanche prend des cours de dessins, avec François LATASTE. Cet homme dès 1847 a suivi ses études à Toulouse, Rome et Paris, par la suite il est nommé « maître de dessin » au Lycée de Tarbes, et sera conservateur du Musée Massey jusqu’en 1897.

Dès 1882, elle va étudier quelques mois à Paris. Non à l’Ecole des Beaux-arts, puisque celle-ci est encore fermée aux femmes mais dans des ateliers ou des académies, femmes de toute l’Europe, et même d’Amérique, venues visiter la capitale ou s’initier aux arts plastiques. Mère et fille habitent régulièrement dans le 6e arrondissement, quartier d’art et de culture, près du jardin du Luxembourg. Quai Voltaire, où, nous l’apprenons, elles disposent d’une chambre pour 1 franc par jour. Et, bien sûr, rue du Vieux Colombier où, en 1900, elle ouvre son atelier.

Une lettre du 2 mars 1888, nous apprend qu’elle vend déjà ses œuvres « parfois j’ai un travail de commande…. J’ai en ce moment une commande de miniature faite par une princesse étrangère descendue dans cette maison. »
Au début de l’été, c’est à Bagnères que Blanche Odin et sa mère font leur cure, même si elles fréquentent parfois Cauterets, Luchon ou Biarritz. De son séjour de 1887, le musée possède une aquarelle représentant les ruines du Château d’Asté.

En 1889, Blanche vit en famille à Maubourguet où elle travaille et donne des leçons d’aquarelle à des élèves des environs. Elle envoie ses œuvres aux Salons et c’est au cours de cette période qu’elle rencontre à Paris ses premiers succès publics. Pendant ses séjours parisiens, elle travaille dans l’atelier de Mme DE COOL puis dans une Académie où elle étudie le dessin tous les après-midi : « ceci m’ayant été assuré par les plus compétents, j’ai donc, pour les après-midi, lâché l’aquarelle et me suis tenu parole en ne faisant à l’Ecole que du dessin, chose qu’on ne sait jamais assez »

Paris, 5 mars 1889
« Voulez-vous savoir où je suis allée dimanche dernier ? Le jeudi précédant ce jour, je recevais de la Préfecture de la Seine, une convocation à l’Hôtel de ville pour assister aux résultats d’un concours de dessin, auquel je m’étais rendue l’an dernier avec les Ecoles de dessin de tous les arrondissements de Paris.
Mais ce qu’il vous sera agréable d’apprendre et ce qu’il m’importe que vous sachiez, c’est que j’ai été, moi, votre amie, classée parmi les lauréats et gratifiée d’une Mention, chose à laquelle je ne m’attendais nullement et qui m’est d’autant plus agréable que sur plus de 400 candidats, peu relativement ont été élus. »

En 1895, Blanche est à Paris en ce début d’année lorsqu’elle apprend la mort de son père. Elle rentre alors à Maubourguet auprès de sa mère. Toutes deux repartent à Paris au mois de juin, elles n’y resteront que 2 mois, (voir portrait de sa mère présenté au Musée Salies.)

De retour à Maubourguet, se manifeste clairement son goût pour les roses, mais pour « certaines roses » … !
« Dans les boutons de roses que vous avez eu la bonté de m’envoyer, 2 ou 3 ont fleuri ; je les ai peints, mais j’en aurais bien voulu un peu plus. Si par extraordinaire, il y en avait encore, ayez l’amabilité de m’en envoyer mais seulement quelques-uns de « Marie Van Houtte », du « Rêve d’or » et de « Thé Safran » avec beaucoup de feuillage. »

Paris, juillet 1896, rencontre Madeleine Lemaire, célèbre aquarelliste. «…J’ai donc, en attendant tout le temps de faire les démarches nécessaires pour entrer dans un journal : l’Illustration, le Figaro ou autre. L’excellente et digne femme (c’est une femme) qui s’occupe de moi m’a déjà facilité bien des accès ; de sorte que me voici en rapport avec des journalistes, des critiques influents, des éditeurs de marque… »
Jules LEMAITRE, écrivain, historien, élu à l’Académie française en 1895, auteur des CONTES BLANCS, achevés d’imprimer le 10 avril 1900, demande à Blanche Odin d’illustrer son livre, voir les différentes illustrations. (Mariage Blanc, la Chapelle Blanche, La Cloche.)

Blanche, encore à Paris au mois de mars, expose au Salon des Femmes peintres. Elle y vend 6 aquarelles.
Paris le 28 décembre 1902
« Moi, je vais très bien et j’ai tout le travail que je désire. Mes élèves, nombreuses, sont très gentilles et me le montrent de toute façon ; je les aime donc bien et, malgré le peu de temps qu’elles me laissent, je serais privée si je ne les avais plus. »
Le 21 février 1904, elle reçoit un diplôme de médaille d’or à l’exposition nationale d’Argenteuil. La vie de Blanche se partage désormais entre Paris et Maubourguet. De nombreux diplômes conservés par le Musée Salies attestent son travail assidu et son talent : année 1904, 2ème prix de l’UNION DES FEMMES PEINTRES ET SCULPTEURS, Mention honorable décernée par la SOCIETE DES ARTISTES FRANÇAIS, Médaille d’argent, par la VILLE DE NANTES, lors de l’exposition internationale de mai septembre 1904.

Entre 1902 à 1916, l’artiste dans ses moments de flânerie à Maubourguet a su capter des petits instants d’intimité où paysages, scènes animalières et quelques portraits sont bien observés.
Plus particulièrement considérons le« vieux banc », « le pont de la Moulette », « l’escargot » qui techniquement ont été regardés, aimés par l’artiste, tous ces petits coup de cœur chargés d’émotion sont peints dans des gammes chromatiques pastels. Pendant la période de la première guerre mondiale il existe aussi des sujets religieux d’inspiration symboliste d’où se dégage une grande tristesse comme « le cimetière de Maubourguet ».

De plus, trois aquarelles seront achetées par le Ministère de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts entre 1905 et 1909 :

  • Pensées et quarantaine, exposée au Salon de 1905 achetée au prix de 250 francs, le 21/02/1905, Myosotis et Marguerite, exposée au Salon de 1906, achetée pour la somme de 200 francs le 9 mars 1906, Violettes, exposée au Salon du Syndicat des Femmes artistes peintres et sculpteurs, rue Saint Honoré à Paris, en avril 1909, achetée au prix de 200 francs.

C’est dans les années 1925 que les premières aquarelles à la palette vive apparaissent notamment les « Roses variées », dernière aquarelle achetée par l’Etat en 1928, pour la somme de 3000 francs. Nous pourrons noter la différence de prix des premiers achats de l’Etat, due à la notoriété de l’artiste et à la modernité technique des aquarelles qu’elle pouvait proposer.

L’arrière plan de ces aquarelles présente une tenture de tissus à décor floral, comme par exemple le grand « vase de fleurs » d’une hauteur de 2,125m et d’une largeur de 1,275m), ou un paysage comme la grande aquarelle « jetée de roses sur l’eau », (H 0,75 m - L 1,62 m).
Les papiers sont de 640 grammes sauf pour les trois grands formats qui sont de 300 grammes environ.

Les bouquets s’épanouissent dans différents modèles de vase transparent, en terre, en faïence ou porcelaine chinoise. Les fleurs sont éclatantes, l’artiste maîtrise l’eau et les couleurs.

Dans les années 1934 et jusqu’à la fin de sa vie, l’artiste jouera sur un arrière plan à fond neutre. Le grain torchon du papier créera une sensation poudreuse, tout ceci par la magie d’une superposition de pigments et d’eau.
Elle s’installe définitivement au 6 rue Gambetta à Bagnères-de-Bigorre, en 1934, tout en continuant d’exposer à la galerie Georges Petit à Paris.
En 1938 elle offre à la ville de Bagnères de Bigorre, 48 aquarelles.

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